Une question ? Appelez le 01 48 06 54 92  

 

gerontonews.com

Testez gratuitement pendant 1 mois

testez-nous
CONGRÈS

Son président veut faire de la CNSA "un instrument de pression"

Benoît Vallet (DG de l'ARS Hauts-de-France), Zaynab Riet (déléguée générale FHF), Rémi Pauvros (président de la FHF Hauts-de-France) et Jean-René Lecerf (CNSA) le 20 juin 2022 à Lille. Photo: Claire Béziau/Gerontonews

Que la caisse nationale soit non pas "une caution" mais bien "une conscience" des pouvoirs publics, et imprime une force permettant de mieux homogénéiser les politiques de solidarités dans les départements: c'est le souhait affiché par son nouveau président, Jean-René Lecerf.

"Volontariste": Jean-René Lecerf a employé rien de moins que trois fois ce mot au congrès Fédération hospitalière de France (FHF) Autonomie organisé à Lille le 20 juin, se montrant déterminé à prendre sa nouvelle mission à bras-le-corps.
Invité à s'exprimer en ouverture, le nouveau président du conseil de la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA), élu en février, a d'abord tenu à clarifier qu'il était "non pas président de la CNSA mais du conseil".
"Ce qui n'est pas exactement la même chose, puisque la CNSA est un établissement public national avec un personnel -qui va se développer avec la [transformation] en 5e branche- et une originalité intéressante, l'existence d'un conseil donc, réunissant l'ensemble des 'parties prenantes', comme disait ma prédécesseure Marie-Anne Montchamp".
"Ce conseil est une autorité consultative, d'impulsion, de recommandation, de proposition, un peu de contrôle: ce n'est surtout pas une caution des pouvoirs publics, c'est plus une conscience des pouvoirs publics", a-t-il formulé.
Il a relaté avoir porté cette vision "lorsqu'à [s]a grande surprise on [lui] a proposé cette responsabilité", qu'il n'a d'ailleurs "pas acceptée tout de suite", et disant avoir cédé devant l'insistance du premier ministre [Jean Castex], de la secrétaire d'Etat au handicap [Sophie Cluzel] et de la ministre "chargée du grand âge [à l'époque, Brigitte Bourguignon, déléguée à l'autonomie]".
"Je me suis rendu compte que [cette insistance] était liée au fait que j'avais été président de Département et qu'ils se disaient que ce serait pas mal qu'un ancien président vienne pour convaincre ses anciens collègues de cesser de bouder au niveau du conseil" de la caisse, a livré Jean-René Lecerf.
"Pendant à peu près six ans, une seule personne [y] a siégé au nom des départements, Geneviève Mannarino [ actuellement conseillère de Jean-René Lecerf], qui était ma vice-présidente en charge de l'autonomie [lorsqu'il présidait le Département du Nord, de 2015 à 2021]", a-t-il expliqué.
"Je vais vers la complexité de l'accompagnement du grand âge et du handicap avec quelques idées simples que j'essaie de faire vérifier par les membres du conseil et tous les auteurs des rapports qui se sont succédé et qui se succèdent toujours, comme le rapport Libault […]. Mais depuis le temps qu'on fait des rapports, il serait peut-être temps qu'on avance de manière plus volontariste", la question du vieillissement allant se poser "de manière totalement nouvelle dans les années à venir", a-t-il rappelé.

"Les présidents de départements reviennent" au conseil de la CNSA

Parmi ses projets, il souhaite "essayer de faire en sorte que les partenariats s'opèrent mieux, d'abord avec les départements", qu'il a rappelé "connaître, avec leurs défauts et qualités", et pointant "parfois des accusations injustes à leur égard".
Notamment sur une absence "d'efforts en matière d'évolution de l'APA [allocation personnalisée d'autonomie], d'aide pour les services à domicile, et sur l'évolution des prix de journée. Mais les départements recouvrent des réalités très diverses", a souligné le président du conseil de la caisse.
"La CNSA doit pousser à des réformes qui permettront une mutualisation beaucoup plus grande des finances départementales", a-t-il souligné.
Lorsqu'il présidait la commission des finances de l'Assemblée des départements de France (ADF), il a par exemple dit avoir "mis en place une mutualisation beaucoup plus volontariste que par le passé sur les droits de mutation à titre onéreux", qui représentent "une des ressources [phares] des départements".
"J'ai donc proposé des mesures beaucoup plus autoritaires et volontaristes de péréquation, je ne me suis pas fait que des amis et j'ai eu en face une opposition, qui était davantage riche-pauvre que droite-gauche." "Aujourd'hui, chacun a accepté et dit s'en féliciter."
"Je souhaiterais que la CNSA soit un instrument de pression pour permettre que les politiques de solidarité puissent être, pas exactement les mêmes, mais largement comparables de Dunkerque à Perpignan et de Quimper à Strasbourg, sinon, on va finir par choisir à un certain âge son lieu d'habitation en fonction des politiques départementales", a-t-il poursuivi.
"Et, que les départements ne le prennent pas mal, la caisse peut aussi être un instrument de pression vis-à-vis de l'Etat: pour dire que si l'ADF est capable de mener la péréquation horizontale, il faut que la péréquation verticale soit aussi plus importante pour permettre aux départements de faire face à leurs autres responsabilités", a continué Jean-René Lecerf.
Selon lui, les choses "bougent", dans la mesure où "les présidents de Département, qui ne venaient plus au conseil de la CNSA, reviennent". Il a notamment cité le président de l'Aube, Philippe Pichery, qui est aussi vice-président de la caisse, le président de la commission solidarité, santé et travail de l'ADF, Frédéric Bierry, aux manettes de la Collectivité européenne d'Alsace et Olivier Richefou, à la tête du conseil départemental de Mayenne et chargé d'un groupe de travail sur le grand âge à l'ADF.
"Ces personnes ont des points de vue très proches de ceux du conseil de la CNSA, donc on s'appuie sur elles pour faire évoluer les choses, mais ce n'est pas toujours facile", a-t-il reconnu, citant le système d'information sur l'APA que concocte la CNSA. "Ces responsables de départements sont totalement d'accord avec ce qui sera un instrument pour [homogénéiser] les plans d'aide en fonction des territoires, mais d'autres présidents m'appellent, craignant de devenir "des serviteurs de l'Etat".
"Il faut les convaincre que le curseur doit permettre à la fois de respecter la liberté locale et de mettre en place des mesures acceptables pour les uns et les autres", a conclu le président du conseil de la caisse.

Fédérer "l'opinion publique" pour qu'elle fasse "céder les pouvoirs publics"

Jean-René Lecerf a aussi cité "le sujet de la discrimination liée à l'âge, l'âgisme", appelant à faire évoluer "la communication". Premier ciblé à son arrivée, le service communication de la caisse, auquel il a préconisé de ne pas s'adresser qu'au "microcosme de ceux qui s'occupent des personnes vulnérables".
"Aussi longtemps que vous ne convaincrez pas le grand public de l'importance du dossier, vous aurez du mal à faire se réunir les moyens nécessaires pour faire face à un problème qui est l'un des plus fondamentaux de notre temps à égalité avec le changement climatique", a-t-il insisté.
"Pourquoi ne pas prendre contact avec les rédactions du type du magazine Notre temps? C'est aussi important que de travailler uniquement avec les revues professionnelles [type Gerontonews]", a-t-il ainsi suggéré à ce service.
"Je crois que c'est un des paris à gagner que de faire du vieillissement et de la vulnérabilité un problème de société. Parce que quand on aura derrière nous l'opinion publique, elle fera céder les pouvoirs publics, quels qu'ils soient", a-t-il encouragé.
Jean-René Lecerf a aussi mis évoqué l'avenir des Ehpad, avec moult pincettes, évoquant autant "les problèmes que l'on a connus dans [certains] établissements commerciaux" que le "nom des Ehpad".
Il faut selon lui "casser cette alternative obligée entre domicile et Ehpad", reconnaissant qu'"on a commencé à le faire, mais il faut le faire d'une manière beaucoup plus volontariste et organisée", a-t-il répété, se disant "très séduit par les logements partagés, par exemple pour de jeunes malades d'Alzheimer", et disant que le secteur "redécouvre l'intérêt des résidences autonomie" longtemps vues comme "obsolètes".
"Les résidences services, le logement partagé, l'accueil familial sont aussi des solutions."
Si "cela ne veut pas dire que l'Ehpad doit disparaître", Jean-René Lecerf s'est référé, sans en citer un en particulier, à l'un des rapports sur le grand âge "disant que dans 20 ans, on n'aura plus en Ehpad que les personnes en extrême fin de vie avec un personnel extrêmement médicalisé, et ce personnel très compétent en matière sanitaire, c'est là qu'il sera le plus utile".
Dans les autres résidences, "résidences autonomie, résidences seniors, vous pourrez avoir une liberté beaucoup plus grande, des activités beaucoup plus diverses, faire en sorte que ce à quoi vous rêvez sur les Ehpad devienne possible dans ce type de structures".
Enfin, Jean-René Lecerf a eu un mot sur le manque de personnel, assenant que "toute politique est impossible si parallèlement vous n'avez pas une politique extrêmement active d'attractivité des métiers d'accompagnement et du soin", en termes financiers, de formation et d'évolution de carrière.
"Je souhaitais commencer de manière effective plus vite et j'attendais avec impatience la fin des échéances électorales. Cela va peut-être prendre encore un peu de temps", a-t-il admis, citant la démission à venir de Brigitte Bourguignon, ministre de la santé et de la prévention, et "un autre interlocuteur dont on ne sait pas encore s'il sera encore ministre", en évoquant à mots peu couverts les accusations de viol visant Damien Abad, ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées.
"Je compte aussi énormément sur vous tous, sur des structures comme la [FHF] pour dire que nous sommes totalement ouverts, que le propre de la CNSA, c'est son indépendance", a conclu le président du conseil de la caisse.
cbe/ab

Testez gratuitement pendant 1 mois

Découvrir l’offre

Actualités en rapport avec l'article

Législatives: Brigitte Bourguignon battue, Damien Abad victorieux

Article 20/06/2022

PEOPLE
Geneviève Mannarino nommée conseillère du président du conseil de la CNSA

Brève 11/05/2022

PEOPLE
Jean-René Lecerf est le nouveau président de la CNSA

Article 17/02/2022

ENTRETIEN
"Le futur président de la République devra porter une loi grand âge"

Article 13/10/2021

Profitez de toute l’information Gerontonews.com en continu & illimité

  • Articles illimités
  • Dossiers pratiques illimités
  • Newsletter quotidienne
  • Multi-comptes
  • Testez gratuitement pendant 1 mois

Découvrir l’offre

Inscrivez-vous à la newsletter quotidienne gratuite


https://www.ehpa.fr/2022/05/28/assises-des-ehpad/