Sexualité en Ehpad: les professionnels encore peu à l'aise

Crédit: Shutterstock/Fotoluminate LLC

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Selon l'enquête régionale menée auprès des personnels d'établissements des Pays de la Loire, les équipes ne savent pas toujours quel comportement adopter concernant la vie sexuelle et affective des résidents. Ils sont nombreux à réclamer une formation pour mieux appréhender les situations.

La sexualité en Ehpad est encore un sujet délicat.
L'espace de réflexion éthique des Pays de la Loire (EREPL) s'est penché, dans l'enquête Isere (pour "Intimité et la sexualité des résidents en Ehpad), sur les représentations de la sexualité en Ehpad par les professionnels.
Elle avait pour objectif de "faire émerger le débat dans les établissements", a pointé le Dr Miguel Jean, directeur de l'EREPL, en la présentant à la 10e journée de management et de coordination en Ehpad, qui s'est tenue à Nantes le 28 septembre.
Mais même si l'étude a déjà 5 ans, les difficultés rencontrées par les professionnels pour gérer certaines situations demeurent.
"Actuellement, les personnels ne sont pas bien armés pour répondre à la diversité des situations. La formation initiale, par exemple des aides-soignants, n'aborde pas du tout cet aspect de la personne âgée. Il peut y avoir de manière générale une vision parfois déformée de la réalité, dans laquelle la personne âgée est associée aux grands-parents qui font des gâteaux et qui ont perdu cette capacité de plaisir et de désir", a-t-il commenté.
Au total, 515 professionnels ont répondu à un questionnaire en ligne ou en version papier (entre mars 2017 et janvier 2018). Plusieurs thématiques étaient listées: l'intimité et la sécurité des résidents, les manifestations de la vie sexuelle, la prise en compte de cette thématique au sein de l'établissement ou encore la place des familles.
La profession la plus représentée était celle des aides-soignants, suivie de celle des agents de service hospitalier (ASH), des infirmiers, des cadres soignants, des psychologues, des directeurs, des aides médico-psychologiques (AMP) et des médecins. 63% des participants avaient plus de 5 ans d'ancienneté.

Verbalisation de fantasmes, masturbation et exhibition

Dans l'ensemble, plus de 50% des personnels ont été confrontés à la verbalisation de fantasmes "quelquefois" ou "fréquemment", ainsi qu'à de la masturbation (39,2%) et de l'exhibition (37,6%). "Les aides-soignants sont souvent en première ligne de ces manifestations", a précisé le Dr Jean.
Pour presque un sondé sur deux (49%), ces manifestations ont occasionné des difficultés. Une majorité (72%) ont eu une suspicion sur le consentement de l'un des partenaires -dans le cas des couples- et ont mis en exergue la peur que les familles et/ou le résident concerné portent plainte (42%).
Sur le comportement à adopter, un peu moins de la moitié a déclaré avoir échangé avec leur équipe (47%). Néanmoins, une partie (21%) a directement limité la vie sexuelle du résident, "un résultat préoccupant", a jugé le Dr Jean. "Dans le détail , il y a eu une 'interdiction' de la vie sexuelle des concernés, un recours à un traitement médicamenteux, une séparation et/ou un éloignement des 2 résidents, l'organisation d'un séjour de répit et parfois le signalement au procureur dans une situation d'agression sexuelle", a-t-il énuméré.
Parmi les autres attitudes, 14% ont tout de même signalé ne pas savoir comment réagir.
Dans les commentaires libres laissés par les participants, beaucoup d'interrogations sont ressorties. "Ils se sont demandé s'il fallait empêcher ces situations ou aider les résidents dans leurs demandes, l'une d'elles par exemple, était de fournir un magazine porno", a cité le Dr Jean.
Également interrogés sur les bénéfices de la vie sexuelle pour les résidents, 46% des participants n'ont pas été en mesure d'apporter une réponse et plus d'un quart (26%) ont jugé qu'il n'y avait pas d'effets positifs, témoignant de lacunes dans cette thématique.
Seuls 28% ont déclaré des effets bénéfiques comme "un apaisement du syndrome anxio-dépressif ainsi que des troubles d'agitation et obsessionnels, de meilleures relations avec les autres, un bien-être et une diminution des troubles du comportement", a décrit le directeur de l'espace de réflexion éthique.
Des résultats pouvant être liés à la politique de l'établissement. En effet, le sujet y est encore tabou pour 13% des participants ou "limité" pour 14% d'entre eux. Toutefois, plus de la moitié (51%) considère que la vie sexuelle et affective est "reconnue et admise" dans la politique de l'établissement.
Quelques commentaires libres mentionnent ce tabou en particulier "pour les personnels" qui ont du mal "à en parler en réunion d'équipe".

Plus d'un tiers des professionnels souhaitent se former

Par ailleurs, la question de la vie sexuelle en Ehpad est peu abordée entre professionnels: seuls 28% ont déclaré l'existence de réunions. En regardant par métier, quasi un quart des aides-soignants ne sont pas au courant de la tenue ou non de moments d'échanges dans leur établissement, "un résultat qui pose question", a commenté le Dr Jean.
Pourtant, la quasi-totalité des professionnels (92,7%) s'accordent pour dire que la sexualité devrait être mieux prise en compte. Près d'un tiers (34%) ont manifesté leur désir de suivre une formation. Toutefois, une partie (29%) a jugé que ce sujet appartenait à la sphère privée des résidents et ne concernait pas leur travail.
Sur la place des familles, encore une fois, une majorité des professionnels (44%) ne sait pas comment procéder. Un quart des sondés ont déclaré que les familles étaient informées de la vie sexuelle du résident, 20%, qu'elles étaient tenues à l'écart, 10%, qu'elles participaient aux décisions prises. Une poignée de professionnels a précisé que les choix des familles étaient imposés au résident.
Depuis l'enquête, l'EREPL a été sollicité pour former des professionnels de santé. Parmi les leviers évoqués: mieux respecter l'intimité des résidents ou encore discuter directement avec eux.
Une enquête Isere-2 sur l'évolution de ces résultats a débuté en juillet 2021 et les résultats ne sont pas attendus avant plusieurs mois. Les participations sont encore ouvertes.
sm/cbe cbe

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