Démystifier les soins palliatifs et définir le bon niveau de soins pour les personnes âgées

Crédit: Fotolia/Photographee.eu

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Changer la perception du public, anticiper les situations médicales et développer les soins palliatifs précoces, voilà les pistes proposées par un praticien expert du CHU de Nantes, pour améliorer la prise en charge des personnes âgées en soins palliatifs.

"Dans l'esprit commun, les soins palliatifs sont toujours associés aux derniers instants de vie. On imagine la personne dans une phase agonique alors que c'est seulement le bout du chemin", a rappelé de manière incisive le Dr André Colpaert.
Praticien dans l'unité de soins palliatifs du CHU de Nantes, il coordonne également l'équipe mobile d’accompagnement, de soins de support et de soins palliatifs (Emassp) du centre hospitalier Châteaubriant-Nozay-Pouancé en Loire-Atlantique.
Quelques jours après la présentation des grandes lignes du 5e plan national 2021-2024 sur le sujet, ce praticien a partagé sa réflexion sur la situation des personnes âgées, à l'occasion de la 10e journée de management et coordination en Ehpad qui s'est déroulée à Nantes, fin septembre.
Pour lui, il est primordial de démystifier cette discipline auprès du public. "Il faut l'expliquer aux patients et aux proches afin de dédramatiser, leur dire qu'il n'y a pas de chronomètre qui s'enclenche à l'instant où le patient est admis dans l'unité", a-t-il ironisé.
Les soins palliatifs sont parfois perçus comme "une punition" et les acteurs y exerçant comme ceux "limitant les soins". Des idées fausses ou préconçues pour le praticien. "Notre objectif n'est pas de stopper un traitement, mais d'apporter un soin raisonné et raisonnable avec l'idée d'une qualité de vie", a-t-il corrigé.
Selon lui, la définition de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) donne une vision claire de la mission. Cette discipline médicale représente des "soins actifs, continus, évolutifs, coordonnés et pratiqués par une équipe pluriprofessionnelle".

Jongler entre soins curatifs et palliatifs

Au-delà de la pédagogie, sur le terrain, il suggère de reconsidérer la démarche palliative et de définir le bon niveau de soins. La situation palliative n’est en moyenne posée que dans les deux semaines précédant le décès d’un patient dans la population gériatrique. "Il faut anticiper au maximum et adapter les soins", a lancé le Dr Colpaert.
Dans cette population, la prise en charge est notamment rendue complexe car elle présente plusieurs facteurs de risque comme la perte d'autonomie, l'âge, les maladies neuro-dégénératives, des pathologies chroniques multiples et les troubles cognitifs. "Cela conduit à un tâtonnement des traitements et un jonglage entre les soins curatifs et palliatifs", a-t-il commenté.
Le praticien a notamment pointé le cas des prises en charge tardives de symptômes d'inconfort, souvent liés à des douleurs ou des traitements. "J'ai déjà eu des situations où on m'a dit: 'je ne mets pas de morphine parce qu'il n'est pas en train de mourir', alors qu'une personne plus jeune qui s'est cassé le bras, lui, y a droit. Ce sont des barrages inconscients", a-t-il raconté. "C'est parfois difficile d'évaluer une personne âgée mais dans des cas de douleurs, il faut la soulager", a-t-il martelé.
Selon le médecin, il serait pertinent d'initier "précocement" une réflexion pluriprofessionnelle autour du résident afin de définir "le niveau de soins raisonnable". L'objectif est de "ne pas tomber dans le piège de l’obstination déraisonnable, ni dans celui de l’abandon", a résumé le Dr Colpaert.
Ainsi, l'équipe peut étudier les complications antérieures et potentiellement prévisibles d'un résident, repérer des situations à risque (hospitalisations récurrentes ou non-adhésion aux soins) et prendre aussi en compte le souhait du patient dans sa prise en soin.
Ces organisations permettront "une prise en soin réfléchie et anticipée et non subie dans l’urgence", a-t-il insisté. Un chantier sur l'anticipation palliative a d'ailleurs été lancé en avril par le Dr Sarah Dauchy, présidente du conseil d'orientation stratégique du Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie (CNSPFV).
L'organisation des équipes et des structures pourrait également être révisée. Certains patients âgés ne sont pas admis en unité de soins palliatifs (USP) car "elles sont peu nombreuses et ont peu de lits", a pointé le Dr Colpaert. De plus, "ces unités ne se concentrent pas sur la fin de vie mais gèrent une symptomatologie complexe aiguë puis renvoient le patient sur son lieu de vie", a-t-il expliqué.
Si le 5e plan gouvernemental promet de renforcer l'offre hospitalière avec la création d'USP dans tous les 26 départements non pourvus, cela ne répond pas pleinement à son attente.
L'une des solutions, propose-t-il, serait d'avoir des lits d'aval pour organiser ces prises en charge aiguës et éviter des refus en USP, par manque de place.
Le médecin s'est aussi positionné en faveur des soins palliatifs précoces (dès que le diagnostic d'une pathologie ayant un mauvais pronostic est posé). A ce jour, plusieurs études en oncologie, notamment dans le cas de cancers broncho-pulmonaires, ont montré une amélioration de la qualité de vie et une augmentation de l'espérance de vie.
Même si ces dernières années la mise en place de consultations onco-gériatriques chez la personne âgée et de la démarche palliative au sein des structures de vie (à domicile) vont dans "le bon sens", aucune étude sur les soins palliatifs précoces n’a encore été réalisée sur la population gériatrique. Peut-être une nouvelle piste à creuser...
sm/ab

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