CH Sèvre et Loire: la conciliation médicamenteuse concluante pour l'Ehpad

Crédit: Fotolia/psphotography

Crédit: Fotolia/psphotography

Dans cet hôpital situé à Vertou, en Loire-Atlantique, le processus de conciliation médicamenteuse, réalisé par l'équipe de la PUI, a fait émerger des erreurs de prescriptions concernant les résidents de l'Ehpad rattaché à l'établissement. Sylvie Piessard, l'une des pharmaciennes, décrit les outils ayant permis de redresser la barre.

"La conciliation médicamenteuse [lire l'encadré] permet réellement de mieux informer le résident, le médecin traitant et d'assurer une continuité des soins", a résumé Sylvie Piessard, qui travaille à la pharmacie à usage intérieur (PUI) du centre hospitalier (CH) Sèvre et Loire à Vertou, comprenant un Ehpad et un service de soins de suite et de réadaptation (SSR).
A l'occasion de la 10e journée de management et coordination en Ehpad, qui s'est déroulée à Nantes fin septembre, elle a détaillé le fonctionnement et les apports de ce processus. Le CH a mis en place la conciliation médicamenteuse via sa pharmacie centrale pour les admissions en Ehpad, les retours des résidents après une hospitalisation ou lors de changements de services d'un patient.
"Une hospitalisation sur 10 est due à un accident médicamenteux en France. Après 65 ans, les accidents iatrogéniques sont deux fois plus fréquents que la moyenne et 40% des personnes de plus de 75 ans ont une prescription de plus de 10 médicaments sur 3 mois", a-t-elle rappelé, citant les chiffres publiés en 2019 par la Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam).
D'expérience, la pharmacienne estime que les risques d'erreurs surviennent notamment lors de "points de transitions", c'est-à-dire "lors d'une entrée ou du retour à l'Ehpad d'un résident".
Elle pointe notamment des problèmes de communication entre les professionnels de santé de la ville et de l'hôpital, comme des dossiers de liaison mal rédigés, pouvant être sources de situations à risque. "Pourtant, une partie [de ces situations] est évitable", a souligné Sylvie Piessard.

Un système de fiches descriptives

La conciliation d'admission en Ehpad permet d'optimiser le traitement du résident. Elle s'effectue en plusieurs étapes. "Si nous avons peu d'informations à son arrivée, nous contactons le médecin traitant, les autres spécialistes, l'entourage et le pharmacien d'officine pour récupérer les ordonnances et mieux comprendre ses antécédents".
Toutes ces informations sont ensuite retranscrites dans une fiche pratique, elle-même transmise au médecin traitant du résident qui réalise les prescriptions. "Nous la comparons au bilan médicamenteux que nous avons réalisé, et s'il y a des différences, nous contactons le médecin traitant pour comprendre ses choix", a détaillé Sylvie Piessard.
Au total, 120 résidents ont déjà bénéficié du dispositif en entrant dans l'Ehpad rattaché au CH. "Dans 10% des cas, nous avons relevé une divergence non intentionnelle [de la part du médecin traitant], c'est-à-dire, un oubli de traitement type héparine pouvant mener à un risque de thrombose, des problèmes de surdosage d'antivitamine K et de doliprane", a-t-elle illustré. Des erreurs "toutes finalement évitées grâce à la conciliation médicamenteuse", a salué la pharmacienne.
Elle a également décrit la procédure lors du retour d'un résident après une hospitalisation, dite conciliation "de sortie". La transmission d'informations lors de cette étape, comme lors de l'admission, est un moment crucial pour assurer la continuité des soins.
Pourtant, elle peut être entravée par un manque de communication entre les équipes. "Il peut y avoir des différences de dosage dans le traitement, des ajouts ou des arrêts choisis par l'équipe médicale lors de l'hospitalisation. Il est arrivé qu'une équipe stoppe la prise d'un bétabloquant mais ne prévienne pas le médecin traitant, qui finit par le prescrire à nouveau", a cité Sylvie Piessard.
Parfois, les prescriptions contiennent aussi des anomalies. "Nous avons déjà vu du méthotrexate, un médicament toxique [traitement de certains cancers et de maladies auto-immunes ndlr] prescrit 1 fois par jour au lieu de 1 fois par semaine", a-t-elle enchaîné. Un grand classique également relevé par la HAS.
Pour éviter ces situations à risques, la conciliation de sortie se traduit par la création d'une fiche descriptive, destinée à tous les professionnels de santé prenant en charge le résident ainsi qu'à ce dernier. "Nous y notons les traitements à l'entrée et à la sortie de l'hospitalisation, les choix effectués dans le cas de changement et nous y ajoutons un plan de posologie avec des icônes représentant les moments de la journée ainsi que des commentaires sur les raisons pour lesquelles il doit prendre ce traitement", a-t-elle expliqué.
Le bilan est très positif. "Cette fiche rend beaucoup de services, le résident est mieux informé et le médecin traitant peut aussi assurer son suivi" plus sereinement, a-t-elle conclu.
La conciliation médicamenteuse en deux mots
Le concept de conciliation médicamenteuse a été clarifié par la Haute autorité de la santé (HAS) en 2015, qui a actualisé son guide sur le sujet en 2018.
Cette méthode, qui a déjà fait l'objet d'évaluations notamment en Bretagne, permet à un pharmacien de faire le point sur l'ensemble des traitements pris et à prendre d'un patient dans le but de prévenir et corriger d'éventuellement erreurs médicamenteuses.
sm/cbe

Profitez de toute l’information Gerontonews.com en continu & illimité

  • Articles illimités
  • Dossiers pratiques illimités
  • Newsletter quotidienne
  • Multi-comptes
  • Testez gratuitement pendant 1 mois

Découvrir l’offre