En Loire-Atlantique, une équipe mobile psychiatrique œuvre contre les "crises psychiques" en Ehpad

Crédit: iStock/izusek

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A Bouguenais, l'équipe mobile psychiatrique de la personne âgée du centre hospitalier Georges Daumezon facilite depuis un an la prise en charge des résidents de 112 Ehpad dans le territoire de santé Sud Loire. Elle intervient lors de "crises psychiques" au sens large, qui ne relèvent pas d'urgences médicales mais plutôt de situations comportementales complexes, nécessitant une évaluation approfondie par des spécialistes.

Depuis septembre 2020, le Dr Jennyfer Cholet, psychiatre spécialisée "personne âgée" et addictologue au CH Georges Daumezon de Bouguenais (Loire-Atlantique), s'occupe de la toute nouvelle équipe mobile de psychiatrie attachée à cet établissement axé sur la santé mentale.
Elle a présenté ce dispositif lors de la 10e journée de management et coordination en Ehpad qui s'est tenue à Nantes le 28 septembre.
L'équipe mobile répond aux demandes d'Ehpad confrontés à des situations psychiatriques complexes, "des crises psychiques au sens large", a précisé le Dr Cholet.
Lorsqu'un établissement formule une demande, l'équipe organise une évaluation psychiatrique des résidents in situ puis propose une prise en charge avec des soins médicamenteux ou non. "Nous sommes à la frontière psychiatrie-neurologie-gériatrie", a résumé sa pilote.

Sous-effectif pendant un an

Néanmoins, les premiers pas n'ont pas été de tout repos, témoigne la psychiatre: "Nous avons d'abord dû définir la notion de 'crise psychique' qui nous a été imposée par l'agence régionale de santé [Pays de la Loire]. Nous ne voulions pas faire les pompiers et intervenir au moindre signe d'agitation ou d'agressivité d'un résident par exemple", a-t-elle raconté. "Idéalement, nous devions organiser une évaluation psychiatrique dans les 15 jours. Ça, c'était sur le papier parce que démarrer en pleine crise Covid, ça n'a pas été si simple", a commenté le Dr Cholet.
Le contexte sanitaire a complexifié les recrutements. Ainsi, à ses débuts, l'équipe mobile était composée d'un psychiatre correspondant à 0,6 ETP et deux infirmiers ETP (le médecin traitant est aussi inclus dans la boucle et reçoit un compte rendu à l'issue de l'évaluation).
En novembre prochain, un neuropsychologue ETP et un psychomotricien à temps partiel, rejoindront le Dr Cholet.
En moyenne, au démarrage, le délai de réponse de l'équipe mobile de psychiatrie était de 3 jours, et celui de l'intervention sur place, de 32 jours.
Malgré le sous-effectif et un délai d'intervention plus long qu'initialement prévu, cette première année d'activité a été dynamique. 160 résidents (moyenne d'âge 84 ans) de certains des 112 Ehpad du territoire ont été évalués et 26 demandes sont programmées sur le reste de l'année.

Un tiers des résidents évalués relevaient d'une pathologie psychiatrique

L'évaluation médicale s'effectue avec un binôme psychiatre-infirmier.
Dans 78% des cas, l'équipe est intervenue pour des crises psychiques "réelles" et dans 22% des cas, les Ehpad ont formulé des demandes d’évaluation (hors crise) pour une aide dans les soins ou la mise en place d'un "suivi sectoriel", a-t-elle expliqué.
"En termes de diagnostic, deux tiers des résidents avaient des symptômes psycho-comportementaux, soit liés à une démence dans le cadre des processus neurodégénératifs, hors du champ de la psychiatrie traditionnelle."
En revanche, un tiers relevait d'une pathologie psychiatrique, liée au vieillissement. Ces résidents souffraient notamment de troubles de l'humeur.
"Avec le contexte sanitaire, plusieurs établissements ont aussi fait face à des épisodes dépressifs caractérisés, d'intensité sévère, avec des résidents qui ont eu une perte de sens", a souligné le Dr Cholet. "Ces épisodes dépressifs étaient mélancoliques avec des idées délirantes majeures. Nous avons envoyé des patients en sismothérapie devant la sévérité des troubles qui étaient couplés à une dénutrition, des douleurs diffuses et des escarres. C'étaient des cas sévères mais ces situations étaient peu identifiées par les équipes de l'Ehpad qui, à la base, nous ont appelés pour un état d'irritabilité, d'agressivité et d'opposition aux soins", a-t-elle illustré.
Au moment de la demande, de nombreux Ehpad avaient déjà rempli l'inventaire neuropsychiatrique (NPI-ES), un outil développé pour évaluer la présence de troubles du comportement des patients vivant en institution. "Le personnel avait pris le temps, à chaque fois, d'échanger en équipe sur une situation qui pose un problème. Le temps qu'on intervienne, il avait essayé de mettre en place une solution", a-t-elle salué. Parmi les trois motifs de demandes les plus rapportés via cet outil, l'équipe mobile de psychiatrie note 29% de dépression/dysphorie, 27% d'agitation/agressivité et 16% d'anxiété.
Forte de ces constats, l'équipe mobile s'est aussi donnée pour mission de former les professionnels des Ehpad à la prise en charge des troubles psychiatriques ou d'allure psychiatrique comme les symptômes psycho-comportementaux dans les démences et d'accompagner certaines prises en charge comme les sismothérapies.
Elle espère aujourd'hui continuer à recruter -des infirmiers- pour agrandir l'équipe et répondre plus rapidement aux demandes des Ehpad.
Elle s'est aussi dotée d'outils innovants pour expérimenter les soins non médicamenteux comme le phoque Paro ou la luminothérapie.
En termes d'organisation, elle se positionne pour développer la télémédecine et notamment la télé-expertise avec les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) Sud Loire Vignoble.
Selon le Dr Cholet, les équipes mobiles de géronto-psychiatrie vont devenir incontournables dans la prise en charge des personnes âgées, notamment du fait de la prévalence élevée des pathologies psychiatriques -états dépressifs, états anxieux, psychoses, délires, hallucinations- et de celle des syndromes démentiels "de 65,9% en Ehpad", a-t-elle rappelé citant le rapport publié par les Prs Claude Jeandel et Olivier Guérin en juin 2021.
Pour se lancer dans une équipe mobile, la psychiatre a distillé quelques conseils. Selon elle, il faut d'abord identifier les enjeux territoriaux (psychiatre intéressé par la thématique de la personne âgée sur le territoire, nombre d'Ehpad...) mais aussi développer les formations dans les établissements afin d'avoir un langage commun entre professionnels, notamment sur la définition des symptômes et des troubles.
Le Dr Cholet a rappelé qu'en matière de ressources humaines, l'option "Psychiatrie de la personne âgée" est ouverte pour les internes de médecine ayant embrassé la profession. Cette option allonge d'une année la formation des médecins.
sm/cbe/ab

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