Animateurs: la crise Covid "valide et renforce" le cap de la professionnalisation

Photo: iStock/SelectStock

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Quand le confinement et l'isolement ont régné en maîtres, les animateurs en gérontologie ont dû proposer de nouvelles formes d'activités aux résidents. Et ils se sont d'autant mieux adaptés qu'ils étaient formés: de quoi conforter le GAG, leur Groupement, dans cette voie.

La crise sanitaire, qui avait empêché la tenue du congrès national de l'animation et de l'accompagnement en gérontologie (Cnaag) en 2020, a sans surprise fait l'objet d'une table ronde lors de l'événement, organisé par le Groupement des animateurs en gérontologie (GAG) à Grenoble les 22 et 23 novembre derniers.
"La crise a accéléré l'isolement des aînés, qui a lui-même mis en lumière à quel point la vie sociale est une dimension essentielle de leur existence quotidienne" a commenté Brigitte Bourguignon lors d'une vidéo enregistrée en ouverture du congrès. Et la ministre déléguée chargée de l'autonomie a remercié les animateurs de vie sociale, leur témoignant son admiration.
"Le GAG a considérablement fait progresser la professionnalisation du métier d'animateur social et a réussi à fédérer de nombreux acteurs du secteur", a-t-elle aussi salué.
"Le métier d'animateur social est un véritable métier et en rien réductible à du simple divertissement, encore moins à un passe-temps! L'animateur, c'est celui, au sens latin, qui donne une âme, redonne du sens à la vie et crée du lien entre les résidents en articulant l'individuel et le collectif", a poursuivi Brigitte Bourguignon. "On a beaucoup parlé du soin depuis le début de la crise, de la maladie. Néanmoins, il ne faut pas se restreindre au strictement médical pour ne pas oublier ce qui est tout autant vital: un sourire, un instant convivial, une discussion sincère."
La ministre a dit "compter" sur eux "sur deux aspects décisifs de la réforme en cours": d'abord "le chantier de l'ouverture des Ehpad sur l'environnement, qui passera notamment par la création de tiers-lieux à disposition des acteurs sociaux du territoire" ainsi que "le chantier des solidarités intergénérationnelles, qui doit marquer un changement de regard sur l'âge" avec la nécessité de "faire entrer les jeunes en Ehpad".
En réaction à la vidéo, Bernard Hervy, vice-président du GAG, s'est réjoui que le secteur obtienne, "pour la première fois depuis un an et demi, un message de soutien, clair et sans ambiguïté, bien loin du silence institutionnel qu'on a entendu pendant un an et demi", même si ce soutien "ne va pas jusqu'au bout et manque de moyens".
Il a rappelé qu'il y avait eu "deux crises, une crise sanitaire et une crise de l'isolement", comme souligné par une animatrice un peu plus tôt.
Bernard Hervy retient de cette crise "des animateurs qui s'adaptent, d'autant mieux qu'ils sont formés" ainsi que "des ouvertures et des coopérations interprofessionnelles qui ont existé" mais aussi "des animateurs qui ont du mal à se faire entendre et "des réalités différentes".
"Il y a eu des animateurs touchés, des missions difficiles dans un isolement profond, qu'il faut citer comme l'organisation d'appels en visio pour des fins de vie" ou "prendre des résidents décédés en photo pour les familles". "Et tout ça fait partie du travail. Il faut dire aux directions 'attention, mettez en place du soutien'", a prévenu Bernard Hervy, soulignant qu'aucune statistique n'était remontée sur le nombre d'animateurs touchés par le Covid et les estimant à "un peu plus d'un tiers".
Son vice-président a rappelé que le GAG avait mis en ligne la plateforme Gagpro quelques mois auparavant le début du Covid-19. "On a eu trois réunions en visio par semaine, on a travaillé sur des aspects remontant du terrain. On a fait des guides d'accompagnement, des partenariats et des soutiens se sont renforcés comme l'outil Culture à vie", a-t-il relaté.
"L'élément essentiel qui restera est l'évolution des liens entre animateurs et familles. L'animateur devient un interlocuteur privilégié des proches. Il va falloir suivre et encourager ça", a insisté Bernard Hervy.
"Ce vécu de crise valide et renforce notre option de professionnalisation", véritable cheval de bataille du GAG, a conclu le vice-président du groupement, en fustigeant une tendance à "des formes d'uberisation de l'animation avec des sociétés dirigées par des gens issus d'écoles de commerce". Ils fournissent à des jeunes "des outils 'prêts à animer' avec une formation en ligne et un statut d'auto-entrepreneur, pour des missions payantes."
"Cela ne peut pas être un modèle économique durable. Nous, on est sur une logique de professionnalisation", a-t-il martelé.

Passer de 1 animateur pour 64 résidents à "1 pour 30"

Parmi les pistes d'avenir qu'il a tracées:
  • La nécessité de "réaffirmer les fondamentaux", en faisant évoluer en 2022 la charte de l'animation en gérontologie, laquelle date du début des années 2000
  • Intensifier la professionnalisation et la formation avec trois axes: l'articulation des filières avec le Bac pro "animation enfance et personnes âgées", la poursuite sur les autres niveaux et les possibilités d'évolution de carrière, et le déploiement d'un service de formation par le GAG
  • L'augmentation du nombre d'animateurs: "1 pour 64 [résidents] ne suffit pas, on demande à passer à 1 pour 30", a souligné Bernard Hervy, qui demandait en 2017 un ratio de "1 pour 50".
Il devra être financé sur le forfait autonomie "et géré par les départements, pas par les ARS [agences régionales de santé] car on sait où [elles mettent] la priorité", a-t-il dit, évoquant le soin à mots couverts, et chaudement applaudi par l'auditoire du congrès.
"Notre force se trouve dans les jeunes qui arrivent, et qui arrivent formés. Alors ce ne sera pas l'idéal, il faudra compléter les formations, mais ils arriveront avec quelque chose. On n'a pas de pénurie, les écoles ne sont pas vides comme [celles des soignants]. Au lieu de créer des postes dont on sait qu'ils ne vont pas être remplis, mieux vaut revoir les rôles, y compris sur l'aide à la vie quotidienne, et retravailler les fonctions, les équilibres et les financements", a insisté Bernard Hervy.
  • "Prendre en compte l'animation sur des tarifications" conduit à devoir "accepter des exigences qualitatives, avoir des animateurs formés et des budgets d'animation décents", a poursuivi Bernard Hervy. Ce budget devrait se situer "à 1 euro par jour et par personne contre 12 centimes d'euros aujourd'hui"
  • Il convient aussi selon lui de "placer l'animateur au centre de la vie sociale et des liens sociaux: pour les Ehpad de demain, y compris les tiers-lieux, -je préfère le terme de 'lieu communautaire'-, effectivement l'animateur y a une place et doit pouvoir y remplir son rôle"
  • Il faudra aussi "modifier réglementairement les missions et les règles de fonctionnement des instances dites de participation, type CVS [conseils de vie sociale], qui ne sont que des instances de consultation" pour le vice-président du GAG
"Pour faire passer nos propositions, il va falloir mobiliser, interpeller les départements. A nous de mettre en place des stratégies pour les mois qui viennent", a encouragé Bernard Hervy, en s'adressant aux participants du congrès.
cbe/nc

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