Covid: "Revendiquer son positionnement d'animateur social" face aux directions

Photo: iStock/Fly View Productions

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Conduisant à l'isolement des résidents, la crise provoquée par le Covid-19 a été à la fois "sanitaire" et "sociale". Les animateurs en Ehpad ont dû s'adapter et parfois batailler pour montrer à leur hiérarchie que leur mission restait essentielle et pouvait, moyennant ajustements, s'exercer sans risque. Regard de deux professionnelles au congrès national organisé par le Groupement des animateurs en gérontologie.

"Ce n'était pas qu'une crise du soin, c'était aussi une crise sociale", a formulé Pauline Allain, animatrice à l'Ehpad associatif de l'Orangerie à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne).
Cette professionnelle est revenue sur le Covid-19 lors d'une table ronde au congrès national de l'animation et de l'accompagnement en gérontologie (Cnaag), organisé par le Groupement des animateurs en gérontologie (GAG) à Grenoble les 22 et 23 novembre.
En plein confinement, alors que les réunions collectives étaient proscrites et que le soin et la sécurité étaient au centre de toutes les attentions, les professionnels du secteur ont dû réinventer leurs pratiques, a-t-elle témoigné.
"Les crises, on connaît en Ehpad, l'adaptation aussi, c'est l'une des spécialités des animateurs, mais bien sûr", la crise sanitaire a constitué "une situation nouvelle à laquelle il a fallu très rapidement faire face", a relevé Pauline Allain, qui est arrivée dans cet établissement de 142 résidents en tant que "renfort" pendant le 2e confinement.
Elle a listé "5 qualités dont il a fallu faire preuve pour mobiliser des savoirs, des savoir-être et des savoir-faire" en s'appuyant sur "les fondamentaux du métier":
  • "Savoir négocier avec la direction, être force de propositions et revendiquer son positionnement d'animateur social", a-t-elle tenu à mettre en avant. "On a dû pallier les manques, mais de manière encadrée, avec des choses qu'on est capable de faire selon ce qui correspond à notre métier. Des codirs [comités de direction] et des copils [comités de pilotage] de crise ont été créés, et je pense qu'il est nécessaire qu'un animateur y participe [à l'avenir]", a-t-elle fait valoir.
  • Il a aussi fallu bien sûr "analyser rapidement la situation et les nouvelles problématiques par un diagnostic, notamment sur la réorganisation, la répartition des tâches, ce qu'on pouvait faire ou non"
  • Autre qualité citée par l'animatrice, "s'adapter rapidement et étoffer l'offre des propositions. Je crois qu'on est tous devenus des experts en informatique pour [garder] les liens entre proches et résidents et s'ouvrir sur l'extérieur quand plus personne ne pouvait sortir."
Il a fallu aussi "développer des activités en chambre plus individualisées, comme des cahiers de jeux, des visites virtuelles". Sans pour autant oublier le groupe et le rôle social des personnes: même confinés, il fallait proposer aux résidents de participer à la vie de l'Ehpad en période de crise, comme faire passer des mots, les faire participer à la création de petits jeux, utiliser leurs compétences pour créer de nouvelles activités." Un exemple à l'Orangerie: chacun a créé une décoration depuis sa chambre et toutes les oeuvres ont été assemblées sur un grand support collectif, a relaté Pauline Allain.
Elle a aussi cité la mobilisation des compétences des collègues "pour créer des événements dans des couloirs, par la nourriture comme la mise en place de "chariots de crêpes, de bars à jus".
  • Il a fallu également "sécuriser ces interventions et prévenir les risques, respecter les consignes sanitaires avec des temps de désinfection", mais aussi savoir "refuser des tâches pour lesquelles on n'est pas compétent ou pour lesquelles on n'a pas le niveau de responsabilité adéquat"
  • Enfin, "communiquer: l'animateur est un intervenant privilégié puisqu'il prend les photos, il a les mails des familles". Des tas de supports ont été créés pendant la crise, comme "des journaux, des blogs", a cité Pauline Allain, mettant l'accent sur la nécessité de "travailler en binôme avec la direction sur les informations à communiquer".
Mais il était aussi fondamental à cette période de "développer, conserver son réseau territorial, créer de nouvelles formes de communication avec les partenaires, encore une fois s'appuyer sur la direction, mais aussi sur des fils d'informations, des appels aux dons, les réseaux sociaux", a listé l'animatrice, citant l'appel de la Fondation Boulanger pour des tablettes. Elle s'est pour sa part beaucoup appuyée sur "les échanges entre animateurs pour prendre de la hauteur sur ce qu'on vivait, se soutenir et échanger des ressources".
"Juste avant la crise" s'était justement créé un groupement des animateurs parisiens, qui a organisé "une ou deux réunions en visioconférence". Pauline Allain s'est aussi créé un compte Facebook dans l'urgence et s'est aidée de certains réseaux trouvés sur le site.
Elle a aussi expliqué que pendant la première vague Covid, avant son arrivée, sa collègue, alors toute seule, a pu s'appuyer sur les soignants pour organiser les appels en visio avec les familles.

Les directions doivent encourager la formation des animateurs

De son côté, Myriam Lacoste a vécu la crise du point de vue de l'animatrice-coordinatrice, une fonction qu'elle a exercé vingt ans avant de devenir adjointe de direction, en décembre 2020, à l'Ehpad commercial Les Opalines à Châteauneuf-de-Galaure (Drôme).
"Les animateurs ont dû d'autant plus faire reconnaître leurs compétences, montrer à leur encadrement qu'ils pouvaient continuer leurs pratiques sans risque […] et démontré que le maintien de la vie sociale avec les gestes barrières comme nouvelle contrainte, était possible", a-t-elle souligné. "Ils ont dû s'adapter, être solidaires des soignants et les accompagner dans les actes de la vie quotidienne, mais toujours en regard de leur profession."
Alors que la professionnalisation des animateurs reste le cheval de bataille du GAG, Myriam Lacoste a souligné que "cette crise a montré le savoir-faire de ces professionnels".
Mais s'"il est important pour la direction de s'appuyer sur l'expertise du terrain, le savoir-être doit être enrichi de savoir-faire ne s'acquérant qu'avec la formation, ce qui est le travail des directions", a-t-elle pointé, relevant "encore, dans des Ehpad, des animateurs non diplômés".
Une crise qui a selon eux "renforcé la place des animateurs"
Lors de cette table ronde, le sociologue Richard Vercauteren a présenté une enquête du GAG adressée aux animateurs en gérontologie et réalisée sur internet entre mai et octobre 2021, en précisant que seules "151 personnes" y ont répondu, soit un chiffre "non significatif".
"Elle ne donne que des indications", mais tout de même matière "à réflexion".
Sur les 151 animateurs répondants, 90% exercent en Ehpad, moins de 10% en résidence autonomie et 1,5% à domicile.
Ce résultat peut s'expliquer par le fait qu'être autonome "ne demande pas vraiment d'animation" et interroge d'abord sur "le sens donné à l’animation".
Autre donnée, "plus de 80% des animateurs ont reçu une qualification en animation sociale", avec un peu plus d'un sur deux (54%) ayant "plus de 10 ans d'ancienneté (79% plus de 5 ans)".
La moitié des établissements dans lesquels exercent les sondés font usage de moins de 1 ETP, et 14%, de 2 ETP.
La majorité des répondants (81%) "ont constaté [sur la période] une augmentation de la demande en activités individuelles et personnelles" et "19% n'ont vu aucun changement".
Le GAG constate à la lecture des réponses "le maintien de toutes les activités de type stimulation mentale (culture, image de soi, intellectuel)" et une baisse sur "les activités collectives", surtout les "festives", passant de 86% à 75%.
En revanche, celles consacrées à la prévention de la perte d'autonomie ont grimpé de 44% à 55%, traduisant "une adaptation de la demande liée directement" à la crise sanitaire.
Enfin, dernier enseignement, pour 70% des répondants, "la crise sanitaire aurait plutôt renforcé la place de l'animateur", 30% des sondés le pensant en revanche "affaibli".
cbe/nc

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