Manager demain en Ehpad: les pistes d'un établissement public en Loire-Atlantique

Audrey Vigneron et Armelle Péron de l'Ehpad Mer et Pins le 4 avril 2019 à Nantes - Crédit: Claire Béziau/Gerontonews

Audrey Vigneron et Armelle Péron de l'Ehpad Mer et Pins le 4 avril 2019 à Nantes - Crédit: Claire Béziau/Gerontonews

Alors que l'Ehpad tel qu'on le connaît aujourd'hui amorce sa transformation, les professionnels de l'établissement public autonome Mer et Pins à Saint-Brévin-les Pins (Loire-Atlantique) ont planché sur l'évolution du métier de manager… et partagent leurs réflexions.

L'Ehpad hors-les-murs, l'Ehpad ouvert sur son territoire, bref, l'Ehpad de demain, commence à livrer ses contours ici et là au fil des expérimentations… et du rapport Libault, qui a fin mars ajouté sa contribution à la vision de cette future structure, dont même le nom devrait changer.

Dans ce contexte, les professionnels de l'Ehpad public autonome Mer et Pins à Saint-Brévin-les-Pins (Loire-Atlantique), se sont penchés sur l'évolution du métier de manager en établissement.

Armelle Péron, cadre supérieure de santé, et Audrey Vigneron, élève directrice en stage dans cette structure, ont livré le fruit de ce travail le 4 avril à Nantes lors de la 8e journée de management et coordination en Ehpad, organisée par l'Association gérontologique de recherche et d'enseignement en Ehpad (Agree).

"L'Ehpad doit se transformer, se rénover comme a dit Dominique Libault, en devenant aussi un pôle de ressources", a rappelé Audrey Vigneron.

Ainsi, "on peut affirmer que l'Ehpad de demain aura aussi un rôle de coordination dans l'accompagnement des personnes âgées et un rôle de prévention de la perte d'autonomie", a avancé l'élève directrice.

"Trois évolutions possibles" de la fonction managériale

Dans ce contexte, "le rôle des managers est pivot car ils impulsent et accompagnent le changement vis-à-vis des professionnels", a-t-elle repris, avant d'avancer "trois évolutions probables du rôle de manager en Ehpad".

  • Le renforcement du rôle de coordination et le management de transversalité

Si l'Ehpad devient un pôle de ressources, cela impliquera d'encadrer des compétences différentes: il faudra donc réussir à créer un collectif, à donner un sens au travail collectif et à impulser un dialogue entre les différentes professions, ont indiqué les deux intervenantes.

Illustration à l'Ehpad Mer et Pins, qui a retravaillé son projet d'établissement avec l'ensemble des professionnels, sollicités sur de nombreuses thématiques. "Cela a donné un premier sens à leur présence dans l'institution, cela a commencé à fédérer et a permis de se comprendre entre différentes professions comme les soignants et les paramédicaux: ergothérapeute, psychomotricien, des nouveaux métiers dont le sens n'était pas forcément clair", a cité la cadre supérieure de santé de la structure.

"Les managers travaillent aussi sur l'élaboration de valeurs communes à inscrire dans le projet d'établissement, par exemple, la notion de liberté, que tous les professionnels ne voient pas de la même façon", a poursuivi Armelle Péron.

Cet axe comprend aussi "le rôle de coordination des professionnels référents sur certaines fonctions, comme l'hygiène, ce qui questionne l'élargissement de la fonction managériale, avec le passage d'un management vertical à un management horizontal", a fait remarquer Audrey Vigneron.

Exemple avec les "maîtresses de maison" à l'Ehpad Mer et Pins: des agents de service hospitalier (ASH) qui se voient confier "la bonne tenue de la résidence". D'un côté, elles travaillent "en lien direct avec l'encadrement" et de l'autre, "peuvent avoir à manager des agents de bionettoyage, les guider sur le déroulé de leur journée. C'est donc un métier un peu nouveau correspondant à la gouvernante d'un hôtel", a résumé Armelle Péron.

Ces agents ont des fiches de tâches bien spécifiques (gestions de commandes par exemple). "L'idée n'est pas de les qualifier, car il n'existe pas de diplôme, mais de les faire partir une à une en formation spécifique de maîtresse de maison. Il a été très difficile de trouver une formation la plus appropriée aux attentes de l'Ehpad, mais on tend vers cela", a-t-elle complété.

Des crédits en surplus pouvant bénéficier aux Ehpad

  • Un rôle de représentation sur le territoire

Il s'agit du deuxième axe d'évolution possible du métier de manager, dont une grande partie est constituée de "communication", que ce soit en direction:

-Des partenaires

L'Ehpad "travaille beaucoup avec les écoles, on accueille pas mal d'étudiants infirmiers et aides-soignants (AS) pour montrer comment c'est [d'exercer] en Ehpad et valoriser ce qui est fait", a décrit la cadre supérieure de santé.

L'établissement est aussi en lien avec une maison de santé qui lui apporte "des compétences supplémentaires pour fluidifier le parcours du résident".

"Cela a tout son sens, ce sont des professions qu'on n'a pas forcément sur place", a dit Armelle Péron, qui a annoncé une convention prochaine avec un professionnel de l'hypnose.

Interrogée sur les moyens alloués pour ce genre de pratiques, elle a répondu que l'établissement avait "beaucoup de mal à obtenir des enveloppes type 'crédits non reconductibles'", et qu'il s'agissait "d'enveloppes attribuées à la maison de santé".

"Il y a des crédits sur l'éducation thérapeutique qui sont beaucoup donnés en ville, et beaucoup de maisons médicales et d'associations se retrouvent avec des enveloppes d'ARS [agences régionales de santé] dont elles ne savent que faire", a souligné Sandrine Lafargue, le médecin coordonnateur de l'Ehpad présente au colloque, provoquant une certaine agitation dans l'assistance.

"Il ne faut pas hésiter à les solliciter, ils nous mettent des professionnels à disposition. On va avoir un sophrologue, un hypnothérapeute, un orthophoniste et un pédicure, donc on est en train de monter des projets sur un an et demi", a-t-elle détaillé.

"On a été très étonné de savoir qu'il y avait des fonds qui restaient inutilisés alors qu'on peut avoir un besoin crucial en Ehpad, donc il ne faut pas hésiter à rechercher ces budgets qui sont quand même assez conséquents", a-t-elle encouragé.

-Des professionnels employés

"Demain, ces professionnels attendront plus de transparence et de concertation, le manager devra s'adapter à ces attentes", a souligné l'élève directrice, Audrey Vigneron.

Un axe illustré par Armelle Péron au sein de l'Ehpad Mer et Pins: "Notre directrice communique énormément sur tout ce qu'elle fait et les groupes [de travail] auxquels elle participe sur l'évolution des structures. Il faut aussi impulser ça auprès des équipes. Je passe beaucoup de temps dans les différentes résidences pour avoir l'adhésion des professionnels", a-t-elle témoigné, l'établissement accueillant 310 résidents.

-de la population

L'Ehpad de Saint-Brévin-les-Pins organise deux fois par an des réunions avec les familles, l'une sur des sujets variés et l'autre sur une thématique, comme les directives anticipées.

Une journée portes ouvertes est aussi prévue en mai "pour rendre visible la spécificité de l'Ehpad sur le territoire", car il accueille 120 personnes handicapées âgées.

Interrogation sur le métier d'AS en Ehpad

  • Dernière potentielle évolution, le manager en Ehpad demain sera sans doute amené à valoriser de nouvelles compétences

Pour Audrey Vigneron, cela signifie à la fois "chercher à accroître l'attractivité des métiers mais aussi former de nouveaux professionnels à une culture de la prévention de la perte d'autonomie". Quant aux nouvelles technologies, comme la domotique ou la télémédecine, "elles nécessiteront d'adapter les métiers".
Enfin, "l'évolution permanente des formations va obliger le manager à évoluer aussi et à adapter l'organisation du travail", a ajouté l'élève directrice.

Il s'agit aussi de prêter attention à "l'employabilité durable des professionnels" et notamment à la pénibilité. Il faut pour cela "réfléchir à une carrière évolutive, et où la qualité de vie au travail est l'un des éléments les plus importants", a insisté Audrey Vigneron.

Pendant dix ans, Armelle Péron a été responsable de la formation continue au sein de l'Ehpad: "J'ai vu l'évolution des formations", a-t-elle témoigné, comme "la méthode de la validation, qui permet aux professionnels d'adapter leurs comportements vis-à-vis des résidents atteints de troubles cognitifs".

"On a aussi commencé à travailler l'année dernière sur la méthode Montessori. Toutes ces formations permettent une montée en compétences des professionnels et de ne pas se sentir démunis", a-t-elle assuré.

"On sait que la formation des AS est en questionnement, à l'Ehpad on a essentiellement des AS et on se pose la question, est-ce le métier adapté aux résidents en Ehpad? Moi je ne pense pas. L'ancienne formation d'AMP [aide médico-psychologique] devenue AES [accompagnant éducatif et social] a son sens je pense en Ehpad", a émis la cadre supérieure de santé.

"Enfin, quid des infirmières en pratique avancée en Ehpad, est-ce qu'on en prendra, et si oui, qu'est-ce qu'elles feront?", s'est-elle interrogée.

cbe/ab

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