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CONGRÈS

A Bondy, l'Ehpad de l'églantier a pris les résidents aux mots

L'un des ateliers animé par Ewa Chmielarz - Crédit: Adef résidences

Le coordinateur de vie sociale et l'ancienne psychologue de l'Ehpad associatif de l'églantier à Bondy, en Seine-Saint-Denis, ont mené pendant trois ans des ateliers d'expression au sein de l'unité protégée. Ils ont recueilli des "brèves de résidents" franches du collier, croquignolettes et pleines de sens qu'ils réfléchissent à diffuser pour donner une autre image des personnes atteintes de troubles cognitifs.

"Moi je ne fais plus de projet, j’ai donné, maintenant je suis au repos et je vous emmerde tous"; "Moi je veux me marier avec un homme bien, beau et riche de préférence."

Ces deux pépites ont été formulées par des résidents de l'unité protégée de l'Ehpad La Maison de l'églantier à Bondy, en Seine-Saint-Denis.

Franck Le Cavorsin et Ewa Chmielarz le 4 décembre 2018 au colloque d'Adef résidences à Paris - Crédit: Claire Béziau/Gerontonews
Franck Le Cavorsin et Ewa Chmielarz le 4 décembre 2018 au colloque d'Adef résidences à Paris - Crédit: Claire Béziau/Gerontonews
Elles ont été soigneusement recueillies par Franck Le Cavorsin, coordinateur de vie sociale, et Ewa Chmielarz, ancienne psychologue de l'établissement, mais ne constituent qu'une petite partie d'un véritable trésor, ont-ils expliqué début décembre à Paris, lors d'un colloque organisé par Adef résidences, le groupe gestionnaire.

Tout a commencé avec la rénovation et le déménagement de l'unité protégée. "Pendant un an avant l'ouverture" du nouvel espace, les équipes ont réfléchi à ce qu'il convenait d'y faire, a relaté Franck Le Cavorsin.

Sur l'idée de ce dernier, Ewa Chmielarz y a animé pendant plus de trois ans, jusqu'à juin 2018, un atelier hebdomadaire d'une heure baptisé "fragments de vie", afin de favoriser les réminiscences.

Le principe: "échanger autour d'un concept, d'un mot ou d'une idée" choisis à chaque séance en collaboration avec les résidents, en respectant l'ordre alphabétique. Les résidents étaient invités, à partir du terme en question, à dérouler les idées qu'ils lui associaient.

Si l'objectif principal était "le travail cognitif sur les capacités restantes", il est passé au second plan, derrière des bénéfices sur "l'estime de soi, l'identité, la création du lien social entre les résidents et le plaisir", a résumé la psychologue.

Tous les résidents de l'unité, soit une vingtaine, étaient conviés, ce qui donnait une dizaine de participants en moyenne à chaque séance.

Ewa Chmielarz avait préparé des supports tels que photos et chansons "pour aider à amorcer la pensée morcelée par la maladie", mais qui, finalement, ne lui ont été d'aucune utilité.

Elle s'est dit "très surprise par la quantité et la qualité de la production orale" et même "submergée par la parole des résidents". Des contributions qu'elle a retranscrites "au plus juste", jusqu'à récolter une soixantaine de pages que les deux initiateurs du projet souhaiteraient aujourd'hui "diffuser" largement, a complété Franck Le Cavorsin.

L'Ehpad, sorte de "garderie des vieux" où on peut "revivre une seconde jeunesse"

Voici l'exemple de ce qu'a inspiré le mot "Alzheimer", pour la lettre "A":

  • "Ça me parle mais je me rappelle pas ce que c’est"
  • "Alzheimer?! Moi, je le suis un peu… et donc ça fait que je peux raconter des choses bien comme des conneries"
  • "Et puis il y a un avantage à avoir cette maladie: on se rappelle pas de ce qu’on vient de faire, parfois ça rend service!"

Autre mot, "Capacité", qui a donné les pertinents:

  • "Il vaut mieux tenir que courir"
  • "Il faut qu’on nous donne la possibilité de faire".

En voici un fort spontané sur la "fin (de vie)":

  • "Vous êtes chiante, vous voulez tout savoir et rien payer! C’est un truc de baratin! Discuter de ça, ça sert à rien. On est dans les trucs tristes au lieu de parler des trucs frais."

On ne résiste pas à vous livrer ce que le mot "gériatre" a évoqué aux résidents:

  • "En gros ce sont des oeuvres des gens qui étudient les vieux et c’est pas une mince affaire"
  • ou encore le très lucide: "Les gériatres sont difficiles à trouver. Ces médecins c’est des aventuriers!"

Finissons avec "Maison de retraite":

  • "Ça ressemble à une prison mais ça ne l’est pas, c’est plus une sorte d’une garderie des vieux"
  • "C’est une saloperie parce que il y a que des cons qui vivent dedans, des vieux cons, en plus. C’est la mort mais il ne faut pas exagérer non plus. Il y a des conneries à faire. Les vieilles sont en collaboration et ça commère…ça n’arrête pas"
  • "Mais il y en a qui sont bien où on peut vivre agréablement, rencontrer des gens... c’est agréable et utile parce que on peut y revivre une seconde jeunesse".

"Tordre le cou aux idées reçues"

Franck Le Cavorsin estime que ces "brèves de comptoir" "tord[ent] le cou aux idées reçues" selon lesquelles les malades d'Alzheimer "n'ont rien à dire".

L'exercice a aussi montré que "les résidents avaient quand même une connaissance des professionnels de l'établissement assez poussée". Et qu'"ils savaient très bien qui était le directeur de l'époque", a fait remarquer le coordinateur de vie sociale de l'Ehpad.

La psychologue a précisé qu'elle avait fixé "un cadre" précis que les résidents ont bien intégré, avec un rituel de présentation de chacun et un recueil des ressentis à la fin.

Outre des malades d'Alzheimer, Ewa Chmielarz a cité des personnes atteintes de démences frontales, dont la "désinhibition" a en quelque sorte permis de "créer une dynamique de groupe". "Il fallait bien les encadrer, redistribuer la parole, et je pense que leurs interventions aussi vivaces ont donné le courage [de s'exprimer] aux autres", sans pour autant les "intimider", a-t-elle raconté.

Cet atelier "a nourri le projet global de l'unité dédiée et a permis une cohésion de groupe en intégrant aussi les équipes soignantes" et des familles, a-t-elle ajouté.

Ewa Chmielarz a expliqué qu'il avait en effet fallu "bien connaître" l'histoire de chaque résident. "Ce n'était pas toujours rigolo. On évoquait parfois des situations difficiles, tristes, dont il fallait parler et reprendre ensuite".

Depuis son départ, l'Ehpad devait retrouver une psychologue en cette mi-décembre, mais rien ne dit que le projet sera poursuivi.

cbe/vl

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